Lancement baroque

Un premier billet de blog, ça se fête! Je bois donc un thé bien chaud et parfumé, j'ai de la musique dans les oreilles et je vous écris. Tout va bien. 

 

Je vais tenter d'alimenter ce blog régulièrement en parlant de tout ce qui touche au français, à l'anglais et... même au franglais! Je m'attarderai aussi sur les questions  « inter » et « multi » culturelles.  Je suis moi-même biculturelle, contente de l'être, mais, du même coup, je me demande « qui suis-je » et « d'où viens-je » peut-être un peu plus que la normale. Ou peut-être pas? Car, en ce XXIème siècle, nous sommes nombreux à venir de plusieurs pays et à avoir des identités mixtes. Et nous sommes tous amenés à faire des rencontres qui nous interpellent, qui nous inspirent et qui nous incitent parfois à redéfinir nos habitudes, nos coutumes et... oui, nos langues aussi. 

 

Le français bouge, l'anglais aussi - ces deux langues-là sont liées, pour le meilleur et pour le pire. Je suis liée à elles aussi. D'où l'envie de traduire, de jongler avec les langues, tout en essayant de préserver leur unicité, leur intégrité. 

 

Quand je suis rentrée en France cet été, après trois ans passés aux Etats-Unis, je suis passée par une période de "langue pâteuse" où tout ce que je disais en français me semblait faux, mal formulé et complètement anglais. Je ne sais pas si ma perception correspondait à la réalité, puisque mes amis étaient trop polis pour me dire ce qu'ils pensaient vraiment. Mais je sentais quand même une certaine pression - que je me suis sans doute mise moi-même - de bien parler, de parler un « bon » français. 

 

Et puis j'ai commencé à lire Le Français, quelle histoire! de Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow. J'ai tout de suite été réconfortée. Les auteurs rappellent en effet que le français est une langue qui n'a cessé d'évoluer et qu'elle évolue évidemment toujours. Evolution positive? Négative? La question n'est pas là. Le français évolue parce qu'on le parle, parce qu'on malaxe les syllabes, on s'approprie l'orthographe, on oublie des mots, on en ajoute d'autres... tous les moyens sont bons pour faire place à l'expression. 

De tous les auteurs et linguistes décrits dans le livre, mes préférés, ce sont bien ceux de l'ère Baroque. Oui, parce qu'ils sont venus avant les Classiques, et ils faisaient ce qu'ils voulaient avec la langue. Pas de complexes, et place à la création dans toute sa fulgurance! 

Voyez plutôt, avec cet extrait du livre de Nadeau et Barlow: 

 

Les auteur de l'époque de François Ier, qui régna de 1515 à 1547, traitaient leur langue comme un bar ouvert, piochant à même le buffet des dialectes régionaux et des langues étrangères, s'abreuvant de nouveaux termes comme bon leur semblait, utilisant des verbes comme des noms et écrivant généralement la langue à leur guise. Cette créativité tous azimuts et à grande échelle donna aux auteurs une verve et une vigueur qui ne seraient jamais égalées une fois installé, au siècle suivant, le culte du bon usage. 

 

Et ce "culte du bon usage" s'est très bien installé, il a bien pris ses aises, au XVIIe siècle et bien au-delà. Le français châtié reste la référence et ceux qui ne connaissent pas les codes contraignants de la langue sont souvent malmenés. Et si l'on faisait un peu plus comme Rabelais et Ronsard? Si l'on voyait le français comme une matière plus proche de la terre glaise, où l'on modèle les phrases, que de la pierre, où on les cisèle? 

 

 

 

Write a comment

Comments: 0

Association professionnelle

Je suis membre titulaire de la Société française des traducteurs